/ KARATE

2. L'histoire du karaté

L’origine des arts mariaux remonte à 3 000 ans avant J.-C. et prend naissance aux Indes, par l’observation des mouvements des animaux et l’étude de leurs méthodes de combat et de défense, à des fins de développement de techniques martiales au corps à corps humain. On retrouve plus tard par exemple, la position Neko Dachi, dit la position du chat, prêt à bondir.

Puis c’est en 530 après J.-C. que Bodhidharma, moine bouddhiste fondateur du bouddhisme Zen, originaire d’Inde, s’installe en Chine afin de répandre sa religion. Il enseigna une discipline sévère et dure aux moines bouddhistes de Shorinji (Shaolin en chinois), appelée “boxe de Shaolin”. Ils demeurent célèbres pour leur endurance et les combats à mains nues. Puis, grâce aux échanges commerciaux et culturels entre la Chine et l’île d’Okinawa, un art martial répondant au nom “d’Okinawa-Te”, signifiant “main technique d’Okinawa”, émerge et se précise. Il s’agit d’un mélange entre la méthode chinoise (“To-de” signifiant “main chinoise”) et les arts martiaux existants sur l’île, permettant une autodéfense contre les agressions de malfaiteurs sillonnant le pays.

C’est donc sur l’île d’Okinawa que le karaté trouve son origine, île située entre la Chine et le Japon, à partir de bases techniques chinoises de combats. Cependant, ce nom n’est pas encore utilisé.

Carte géographique de l'île d'Okinawa Situation géographique d’Okinawa

A la fin du XVe siècle, le roi Sho-Rhin proscrit le port d’arme. Les historiens voient dans cette décision l’élément fondateur des techniques de combat produites dans l’île : les techniques à mains nues (“Te”, puis “Tode”), mais pas seulement. On se mit aussi à considérer avec un nouvel intérêt les ustensiles à usage domestique, facile à convertir en armes redoutables. Les pêcheurs et les paysans se mirent tout d’abord à improviser avec leurs outils de travail (le bâton par exemple), d’apparence pourtant anodine, puis, les siècles passants, à perfectionner de véritables techniques structurées, largement inspirées de celles du Te.

En 1609, la seigneurie japonaise de Satsuma envahit l’île jusqu’alors sous influence chinoise. Les armes étant alors de nouveau interdites, le combat à mains nues se développe à l’abri des yeux de l’occupant, en puisant dans les méthodes de combat chinoises, notamment de la boxe chinoise. Pratiqués par la noblesse, les entraînements ont lieu en secret, de nuit, et les techniques ne se transmettent qu’oralement. Néanmoins, au fil du temps, des experts plus doués émergent de l’ensemble des pratiquants, des styles divers apparaissent, et des maîtres, meneurs respectés, codifient leur enseignement, laissant de moins en moins place à l’improvisation, perfectionnant ainsi leur pratique.

Au fur et à mesure des siècles, l’Okinawa-Te se structura et c’est au XIXe siècle qu’il se divulgua, avec des aménagements excluant par exemple les risques de blessure. C’est en 1900 qu’il apparut dans les programmes d’éducation physique des écoles de l’île, qui en firent une discipline sportive l’année suivante. Et en 1903, première démonstration publique, à Okinawa, des arts martiaux jalousement préservés jusque-là de la curiosité des Japonais, toujours considérés comme des « étrangers ». Ce fut alors une révélation.

C’est donc au début du XXe siècle que le karaté, resté longtemps secret à Okinawa, fut dévoilé aux yeux du public. En 1914, le silence est brisé et le karaté est enfin enseigné hors d’Okinawa avec Gichin Funakoshi, alors professeur à l’école supérieure de pédagogie d’Okinawa. Il est considéré comme le père du karaté actuel. Il commença les arts martiaux à l’âge de 11 ans, et fut l’élève des Maîtres Azato Anko et Anko Itosu. La technique qu’il enseigna fut nommée “Shotokan” par ses élèves, du nom de la salle d’entraînement ou le club (Kan) où exerçait le maître, et de Shoto “vague dans les pins”, pseudonyme avec lequel Funakoshi signait ses poèmes. Celui-ci insista d’emblée sur la valeur spirituelle des gestes qu’il enseignait en y ajoutant le suffixe “Do” (signifiant “voie”, “chemin”), afin de rappeler que le karaté permettait lui aussi, au même titre que n’importe quel “Budo” (“Bu” signifiant guerre, “Budo” étant la pratique et la philosophie des arts martiaux), une approche de l’ancien esprit des Samouraïs : la recherche de la voie philosophique à travers la pratique d’un art de guerre.

Portrait de Gichin Funakoshi Gichin Funakoshi

En 1920, Gichin Funakoshi s’installa au Japon et continua à enseigner l’Okinawa-Te, qu’il renomma par la suite Karaté, évolution et modernisation de cette technique lorsqu’elle fut transmise au Japon. En 1930, c’est le début du karaté en tant que sport de combat, avec l’organisation de compétitions officielles (jiyu kumite, combat libre). Auparavant, seules les compétitions de katas (combats stylisés) existaient. Cependant, Funakoshi refusa l’évolution du karaté en sport de compétition, karaté et compétition étant non compatibles à ses yeux, et nomma alors comme son successeur un élève proche qui suivait les valeurs éthiques de l’art martial : Shigeru Egami.

Shigeru Egami, élève direct de Gichin Funakoshi, suivit les enseignements du maître, et lui succéda après son décès en 1957. Dès 1960, les changements techniques apportés par Egami devinrent si importants que l’on commença à parler d’un nouveau style : le Karaté-dō Shōtōkaï. La particularité du style Shōtōkaï est une pratique plus fluide et plus rapide, ainsi que des postures plus basses avec des techniques plus étirées. Il introduit également des techniques d’esquive plus marquées. Le style Shōtōkaï s’intéresse de manière beaucoup plus profonde à l’aspect philosophique du karaté-do. L’évolution du style Shōtōkaï est aussi en partie due à la santé de Sensei Shigeru Egami, qui souffrit de différentes maladies tout au long de sa vie, et fit donc une pratique du karaté adaptée à sa vision et à son physique.

Portrait de Shigeru Egami Shigeru Egami

Dès 1957, le Karate-dō Shōtōkaï est exporté en Europe et notamment en France, principalement par Maître Murakami (décédé à Paris en 1987), suite à la demande de Henri Plée, pionnier du karaté en France. Une seconde tendance du style Shōtōkaï a été transmise en Europe par Maître Harada, après avoir reçu une lettre de Sensei Egami lui demandant d’enseigner les nouvelles formes d’entraînement qu’il avait développées. Ensuite, l’essor du karaté en France est dû à un nombre restreint de maîtres importants, dont Patric Herbert, élève de Maître Murakai dès 1987, William Schneider qui a suivi l’enseignement de Maître Harada dès 1964, Gérard Javon, avec un style Shōtōkaï à tendance Harada avec plus d’ouverture dans les mouvements, ainsi que Maître Mochizuki arrivé en 1963 en France.

Au fur et à mesure des années, on voit apparaitre, au travers des différents styles de karaté, deux principales voix complémentaires : une axée sur le combat, et une axée sur l’art traditionnel et la philosophie. De nos jours, le karaté reste en constante évolution, et sera pour la première fois en 2020, un sport officiel aux Jeux-Olympiques de Tokyo.


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Sources :


arnaud

Arnaud Favier

Software Engineer & PhD student in Computer Science at Sorbonne University in Paris, France

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